Médaille Massey
Lauréat 2008 - Bruce Mitchell
Bruce Mitchell. (Photo : Mathew McCarthy)
La richesse de l’eau
Considérant qu’il est né et a grandi à Prince Rupert, sur la côte
nord-ouest de la Colombie-Britannique, où les pénuries d’eau ne constituent
vraiment pas un problème, on pourrait se demander comment Bruce Mitchell en est venu à s’intéresser à la
gestion des ressources en eau. Mais la réponse est peut-être plus évidente
qu’on ne le croit. Lorsqu’il étudiait au secondaire puis à l’université,
M. Mitchell a travaillé dans des usines de transformation du poisson, puis comme homme
de pont sur un bateau de pêche à la traîne. Il n’a jamais oublié cette
expérience concrète dans une industrie de ressources. Il est devenu professeur
de géographie à l’Université de Waterloo, dans le sud-ouest de
l’Ontario, et a passé quarante ans à étudier les rouages de la
gestion de cette précieuse ressource naturelle.
Sa principale contribution a porté sur la « gestion intégrée
des ressources en eau », axée sur certaines variables touchant l’eau
et les écosystèmes environnants, plutôt que sur l’approche classique,
en vogue dans les années 1960 et 1970, consistant à formuler des politiques
globales pour l’ensemble d’un bassin hydrographique. D’après Bruce
Mitchell, la collecte des diverses données scientifiques nécessaires à la
conception d’une approche globale prenait trop de temps pour être pratique. Au
début des années 1980, il a commencé à se concentrer sur
les facteurs qui exercent une grande influence sur les réseaux hydriques.
En reconnaissance de sa réflexion critique et de son approche pragmatique envers
les questions de gestion de l’eau, M. Mitchell a reçu la Médaille
Massey pour réalisation exceptionnelle dans le domaine de la géographie
canadienne, pour l’année 2008.
Établi par le gouverneur général Vincent Massey en 1959, ce prix
est administré par la Société géographique royale du Canada.
L’approche intégrée mise au point par M. Mitchell a été appliquée
aux Grands Lacs. Au lieu d’élaborer des politiques touchant l’ensemble
du bassin des Grands Lacs – une tâche colossale eu égard à l’immense
population touchée et aux nombreux paliers de gouvernement (nationaux, étatiques,
provinciaux et municipaux) en jeu –, la Commission mixte internationale, qui s’occupe
des questions hydriques le long de la frontière Canada-États-Unis, s’est
concentrée sur 42 sous-écosystèmes, tels les ports, les baies et
les estuaires.
À l’échelle internationale, M. Mitchell a été approché par
des gouvernements et des universités de l’Australie, de l’Indonésie,
de la Chine, du Nigeria et de l’Inde.
« Bruce est une des premières personnes à avoir pris conscience
qu’en fait, ce ne sont pas les ressources qui ont besoin d’être gérées,
mais c’est nous », souligne Philip Dearden, professeur de géographie à l’Université de
Victoria qui a corédigé avec M. Mitchell un ouvrage sur la science et la gestion
de l’environnement.
En fait, quand on lui demande quel est aujourd’hui le problème le plus urgent
de gestion de l’eau au Canada, Bruce Mitchell répond sans hésiter que
de trop nombreux Canadiens continuent de croire que nous avons de l’eau en abondance
et, par conséquent, la gaspillent. « Il est beaucoup trop facile pour nous,
comme personnes, de critiquer les gouvernements ou l’industrie, mais en dernière
analyse chacun d’entre nous est un gestionnaire de l’eau. »
— Monique Roy-Sole
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